USP : UNE DATE CAPITALE DE NOTRE HISTOIRE

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USP : UNE DATE CAPITALE DE NOTRE HISTOIRE

19 Fevrier 1990- 19 Fevrier 2017 Cela fait 27 ans que ma generation lutte pour l’avenement du multipartisme, de la democratie et l’Etat de droit dans notre pays la Côte d’ivoire.

C’etait le 19 Fevrier1990 que suite à une coupure d’electricité ayant entraîné 3jours plus tard, une interruption du service d’eau courante dans la residence universitaire de Yopougon, devenue aujourd’hui la base de la brigade anti emeute (BAE), que nous avions lancé un mouvement de protestation aux environs de 19h.

Venu rapidement sur les lieux, le ministre de l’education de l’epoque, feu Balla Keïta dans une de ses rares rethoriques dans lesquelles il recitait la grandeur de NANAN HOUPHOUET s’est fait gifler dans la foulée par un étudiant aujourd’hui officier superieur dans les forces de defense et de sécurité. Et comme il fallait s’y attendre, gifler un ministre du grand Houphouet ne pouvait rester sans consequences. Nous voici assiegés de tous les côtés par les forces de l’ordre. Noyés sous une pluie de bombes lacrymogènes et autres bombes assourdissantes , il ne restait à chacun de se trouver une piste pour echapper à la furia des hommes en uniforme.

C’etait la première fois qu’ on entendait ces bruits assourdissants qui faisaient couler nos larmes au même moment.

Regroupés très tard dans notre cité, on decide nuitamment d’organiser une marche de notre cité à Yop toît rouge jusqu’a la présidence de la republique au plateau sans evaluer le risque d’une autre attaque militaire. Le moment du grand courage mais aussi de la grande imprudence chez un être humain, c’est la jeunesse.
Nous marchions en scandant des slogans hostiles au président de la republique. Comme apparemment nous ne rencontrions aucun obstacle en chemin, nous etions si sûres d’atteindre le palais présidentiel au plateau.

Mais voilà, grand fossé à droite, grande colline à gauche, nous sommes bouclés à Mossikro par des gendarmes en arrière et les gendarmes berets rouges devant nous, qui nous chargent au même moment. Des 5 incidents graves que j’ai vecus, il me sera difficile d’oublier celui ci. On s’est marché dessus. Il ya eu des fractures et autres blessures graves parmi nous, étudiants.

On se cache dans les quartiers environnants et les rescapés que nous etions, on decide d’aller nous refugier à la cathedrale du plateau. Une centaine d’etudiants. Mais vers 5h du matin, la cathedrale est assiegée par les berets rouges. Il s’en suit une longue negociation entre les responsables religieux et militaires. Il nous etait demandé de monter à bord des vehicules militaires pour nous reconduire dans nos residences universitaires. Pendant que certains montaient dans ces vehicules de l’armée, environ 6 étudiants dont moi même prennent la fuite et reussissent à escalader la clôture de la cathedrale. On avait donc eu raison de ne pas croire aux responsables de la cathedrale car les étudiants montés dans les vehicules militaires n’ont jamais ete reconduits dans les cités universitaires mais plutôt dans des camps militaires.

La tâche nous revenait de trouver un moyen de pression afin d’obtenir la liberation de nos camarades. Mais que pouvions nous faire à 6?
Un camarade aujourd’hui en Allemagne, du nom Guehi Alban propose qu’on aille chercher du secours du côté des ecoliers en passant de colleges en colleges pour leur expliquer que le pouvoir a emporté leurs aînés et qu’il fallait prendre les rues pour sauver leur vie. En moins d’une heure, Yopougon etait recouverte de fumée noire. Les enfants dechaînés avaient pris le contrôle de tout Yop.

Comme il fallait s’y attendre, le pouvoir a decidé d’envoyer des renforts militaires à Yop. Pendant que ces militaires entraient à Yop, nous rentrions vers Abobo pour solliciter l’appui des ecoliers et le pouvoir commença à être debordé.

Tous les actes posés les jours qui suivaient par le regime du président Houphouët etaient semblables aux actes d’un homme qui s’est noyé dont les mouvements secondaires contribuent à l’enfoncer d’avantage. C’est d’ailleurs dans ce contexte que le regime du président Houphouët fait abattre l’elève KPEA DOMIN à Divo lors d’une marche de protestation. Ce qui a mis l’huile au feu à travers tout le pays.

Laurent GBAGBO, ZADI ZAOUROU, BAMBA Morifere et Francis WODIE pouvaient profiter de ce moment d’affaiblissement du regime pour deposer les documents de leur parti politique, tous de gauche.

Le besoin de structuration de la lutte et les instruments du combat nous conduit plus tard à la mise en place de la Federation Estudiantine et Scolaire : la FESCI dont le prémier S.G fut le camarade Kone Alexis que nous avions destitué la semaine même de son election pour manque de courage. Alors que nous devrions rencontrer le président Houphouët pour faire entendre nos revendications, notre nouveau leader a decidé de changer de façon unilaterale certains mots du texte. Par exemple où l’on avait ecrit  » revendications  » il a ecrit doléances. Où c’est marqué nous  » exigeons » il a écrit  » nous souhaiterions ». Cela était suffisamment grave à l’epoque pour demettre un dirigeant syndical. Il fut remplacé par Joseph Martial Ahipeaud qui a su conduire la destinée de la FESCI.

Je ne saurais mettre un terme de façon provisoire á ce devoir de mémoire sans rendre hommage au camarade Martial Ahipeaud premier responsable de la Fesci dont le courage et le leadership nous ont permis d’ouvrir notre pays au multipartisme et de garantir la liberté d’expression en milieu scolaire et universitaire.

Je rends hommage ici á Djué Eugene Ngoran, Guillet Mampo Gerard, Ano Thimothée, Made Gueu, Toure Moussa Zeguen, Dagnogo Moulaye , Manix Mantho Fidele, Le grand Azowa Beugre Amos, Gogoua Clement, Hack polley, Attebi Williams, Youdje.
A nos regrettés Ake Nicole, jean Pierre Koukougnon, Charles Groguhet, Kameyan jean Louis et à tous nos camarades dont je n’ai pu mentionner les noms ce soir.

Mes remerciements vont à l,endroit de nos enseignants et syndicalistes de l’epoque pour leur encadrement, à savoir le professeur Bamba Moriféré, Marcel Ette, le fils Etté, Gouda,Theophile Koui, Ettien, Francis Wodié, Martin Bleou et tous les autres dont je n’ai pas mentionné les noms ici.

Henri Tohou votre serviteur fut membre fondateur de la fesci et le prémier secrétaire à l’organisation de la Fesci, en même temps journaliste dans le premier hebdo socialiste de l’epoque nommé  » côte d’ivoire nouvelle » et président national de la jeunesse du parti socialiste ivoirien, et enfin coordinateur des activités de la gauche democratique composée à l’epoque du fpi, pit, USD et psi. J’assumais toutes ces responsabilités à 22 ans.

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